Plein Ecran

La French Connection

 

Damien Givelet
Valérie Expert
Audrey Crespo-Mara et JF Rabilloud
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
Hughes Beaudouin

Jeudi 10 septembre 2009


Autant le dire clairement, on est plutôt déçus. On s'attendait à une gamme complète d'iPods revus et corrigés, on s'attendait à voir les Beatles survivants monter sur scène, bref, on s'attendait à toutes les choses que l'on avait tenté de deviner du contenu de la keynote d'Apple au cours des dernières semaines.

De tout celà, pas grand chose. Alors certes, l'évènement signe le retour de Steve Jobs dans la lumière. Certes, on a bien une mise à jour d'iTunes, et un iPod Nano avec un objectif pour prendre des vidéos. Mais pour le reste ? Rien, zilch, nada, circulez, le cirque replie sa tente ! 

Où est passé tout le reste des annonces attendues ? Mystère... On n'en est d'ailleurs pas encore revenus, tant ce qu'on prévoyait avait été vérifié par des sources indépendantes. Des iPod Touch avec un appareil photo ? Ils sont là, sur tous les blogs, depuis fin juillet, les fabricants d'accessoires avaient même des produits et des communiqués de presse prêts à partir. Les Beatles intégralement disponibles sur iTunes ? Yoko Ono a vendu la mèche la veille, dans une interview à SkyNews, interview qui a promptement disparu du site. Bref, mieux que des rumeurs, de quasi-infos, dont on n'attendait plus que les détails... et que l'on attend encore. A vous dégoûter de cliquer sur 'refresh' toutes les 30 secondes pendant une heure de conférence...

D'autant que, pour ne rien arranger, on a aussi eu le droit aujourd'hui à ce que l'on aime le moins chez Apple, ce sophisme comparatif compulsif, qui semble pousser ses communiquants à toujours se mesurer à la concurrence, mais avec des comparaisons tellement spécieuses qu'il devrait y avoir une loi contre çà.



Quand Phil Schiller, le patron du marketing d'Apple, déclare que l'iPod Touch est un magnifique ordinateur de poche, et que s'affiche sur l'écran quelqu'un se promenant avec un PC portable Dell qui déchire sa poche de jean, on sourit, mais pas longtemps. Que veut-il dire ? Qu'on en fait autant avec un iPod qu'avec un PC complet ? Mais alors, pourquoi acheter un Macbook ? Ils fument quoi, chez Apple, au juste ?



Idem quand le même Phil Schiller compare l'iPod Touch comme machine de jeu à la DS de Nintendo et la PSP de Sony. "Il y a 3680 jeux sur Nintendo DS, et plus de 21000 sur iPod Touch". De l'art de comparer des pommes et des oranges. Ou plutôt des pommes et des poireaux. Comme si Yahoo Games, PopCap et les autres plateformes de petits jeux, de 'casual gaming' comme on dit, se comparaient à Ubisoft et Electronic Arts. Pour Phil Schiller, un jeu de dames et Zelda, c'est pareil ? Metroid et Tetris, c'est kif-kif ? Un jeu égal un jeu égal un jeu, donc ? Et Phil, dans ta ludothèque de 21000 titres, combien de Morpions ? Combien de Sudoku, exactement ?

Alors certes, il y a beaucoup de bons jeux sur iPod et iPhone. Il y a même quelques vrais jeux de grands éditeurs, adaptés à la machine. Mais soyons clairs tout de suite: si l'iPod est un appareil sur lequel on peut jouer, ça n'en fait pas une machine de jeu. En fait, le test est simple: si on peut jouer de manière satisfaisante à Super Mario sur une machine, alors c'est une machine de jeu. La vérité, c'est que malgré tous ses raffinements (multi-touch, accéléromètre, le même processeur graphique que dans l'iPhone 3GS, etc.), l'absence de boutons est un obstacle rhédibitoire, qui limite l'iPod à certaines catégories de jeu simples, articulés autour des limitations de la machine. Et je doute qu'Apple revienne bientôt à un iPod à boutons.

L'autre vérité difficile à ignorer, c'est que si le jeu était un si gros business potentiel, Apple en deviendrait éditeur. Or, à moins de deux dollars le prix moyen d'un jeu (quand il est payant), il a tout intérêt à laisser les éditeurs indépendants se battre pour gagner leur vie, surtout sur un marché atomisé entre 21000 titres. Et si Phil veut jouer au jeu de celui qui a la plus grosse (part de marché), qu'il compare un peu le chiffre d'affaire des jeux sur iPod, et de ceux pour DS. Phil ? Phil ??? Bon, apparemment, il est parti...

Pour autant, malgré les déceptions, malgré la communication un peu lourdaude par moments, de quoi se plaint-on vraiment ? Comme le dit un de mes twitter-friends, les fans d'Apple, les observateurs, les journalistes se plaignant du manque de substance de la keynote sont un peu comme des grand-mères sortant de la messe en se plaignant de n'avoir pas vu Jésus. Après tout, Apple n'avait rien promis, à part un peu de musique... 

Reste donc la bonne nouvelle du jour: un Steve Jobs revenu à son rôle de maître de cérémonies, entrant sur scène face à une standing ovation, et ravi d'être "redevenu vertical". Un peu maigre, toujours, mais selon une interview qu'il vient de donner à mon confrère David 'fanboy' Pogue du New-York Times, il se gaverait en ce moment de crème glacée, pour reprendre les 15 kilos qui lui manquent encore. On l'attend donc de pied ferme, sur scène, début 2010. Mais cette fois, de grâce Steve, avec de vraies nouveautés.

Cédric Ingrand

P.S.: Merci à nos confrères et amis d'Ubergizmo.com, qui ont couvert le keynote en live, et nous ont offert leurs photos... 
Par Cédric Ingrand - Publié dans : bloghightech
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