Apple, dans les semaines qui viennent, va lancer, ça y est, une télé sous sa marque. Non, pas juste une nouvelle
version de son boîtier Apple TV, mais un vrai téléviseur, plat, mince, et (forcément) beau et cher, prêt à trôner au milieu du salon. Voilà, c'est dit. Il est des moments où il faut prendre le
risque du pari, et je pense que cette fois, les étoiles sont alignées.
Pourquoi ? Pour douze raisons qui font sens:
1 - Parce que c'est bien la seule chose qui manque à la gamme des produits d'Apple. Steve Jobs le dit depuis
longtemps, son seul vrai modèle, en toutes choses, c'est Sony. Et pour faire aussi bien, voire mieux que l'icône Nipponne, il faut une télé.
2 - Parce que les bribes d'information commencent à s'emboîter clairement. Apple aurait ainsi investi quatre
milliards de dollars pour 2011 dans l'achat de composants pour une nouvelle gamme de produits. La marque travaille depuis un certain temps à libérer de la place dans ses rayons (dans la "Red
Zone", celle des ventes), pour y mettre de nouveaux produits. Certains offres d'emploi, aussi, mettent la puce à l'oreille. Et celà fait plus de deux ans que j'entends parler de conversations
entre Apple et certains géants Coréens de l'écran plat. Bref, celà fait longtemps que le dossier est ouvert à Cupertino.
3 - Parce que la télévision LCD est un marché de plus de 100 milliards de dollars, le plus gros marché de
l'électronique grand public, mais aussi celui où les marges sont aujourd'hui les plus fines. On trouve désormais des écrans 40 pouces de marque à 500 euros. En fait, le marché de la télé se
trouve au même point que celui de la téléphonie il y a cinq ans. Apple sait inventer des produits qui justifient un prix haut de gamme, où l'on retrouve des marges
confortables. Et n'oublions jamais qu'il y a des millions de fanboys dans le monde qui feraient la
queue toute la nuit pour acheter un parpaing, pour tant qu'il porte un logo à la pomme... En prenant 5% des ventes, et 10% de la valeur du marché, Apple ajouterait 15% de chiffre à son bilan. De
quoi prendre le relai, côté finances, des ventes de l'iPod, cannibalisées par les smartphones. Et si Apple parle en boucle de l'ère du "post-PC", autant aller chercher les relais de croissance là
où ils sont.
4 - Parce que la marché de l'écran plat surtout, est mûr pour sa part de disruption. Sur le marché de la télé, et
malgré les efforts des constructeurs, les nouvelles motivations d'achat sont rares. La 3D, et la télé connectée surtout, sont des fonctions qui arrivent de manière organique, logique, bref, que
l'on retrouvera tous ou presque dans notre prochain téléviseur, sans qu'elles soient assez motivantes pour changer d'écran dès maintenant. Les technologies d'écran (Plasma, puis LCD, puis LCD à
rétro-éclairage LED) n'évoluent que lentement, l'OLED et/ou la 3D sans lunettes sont encore loin d'être prêts pour le prime time. Reste l'interface et les services, où Apple peut compter sur ses
points forts existants, ceux pour lesquels il est connu: beaucoup de simplicité, et toute la bibliothèque des musiques/films/séries d'iTunes.
5 - Parce qu'un téléviseur Apple serait le 'hub' idéal, l'élément central qui rassemblerait tous les autres
appareils du foyer autour de lui, plus encore depuis le lancement du système de partage sans fil AirPlay, qui existe chez plusieurs marques d'équipement sonore, mais qu'Apple n'a pas ouvert aux
fabricants de TV. Utilisez votre iPhone comme télécommande, compulsez les programmes disponibles sur l'iPad avant de choisir de les regarder sur le grand écran, utilisez la tablette comme
interface d'un jeu qui se déroulerait sur le téléviseur, les combinaisons et les usages possibles sont infinis, et très payants pour Apple.
6 - Parce que la télévision d'Apple serait l'écran de plus où étendre l'écosystème des 'apps'. Et il y a urgence,
Google va finir par réussir son système Google TV, et d'autres, Samsung en tête, se sont déjà lancés.
7 - Parce qu'Apple a mis la dernière main à son nouveau giga-centre serveur, au coeur de la Caroline du Nord, et
que ce dernier n'a pas été construit sans quelques idées précises derrière la tête...
8 - Parce que Steve Jobs l'a dit il y a un certain temps, il n'a pas pour projet de construire un téléviseur. Le
même Steve Jobs qui disait n'avoir aucun intérêt pour le marché de la téléphonie, ou qui expliquait ne pas croire au futur de la lecture sur une tablette électronique. La dénégation, chez Jobs,
tient souvent lieu d'annonce pour l'avenir...
9 - Parce que, aussi, et même si l'on répugne à en parler, les soucis récurrents de santé de Jobs rendent
incertain son avenir à la tête de l'entreprise. Et si la sortie d'une télé serait le couronnement d'un Apple devenu monstre de l'électronique de loisirs, alors il est impensable que celà se fasse
sans lui.
10 - Parce que, hors année de J.O. ou de Coupe du Monde de Football, la période la plus vendeuse, pour les télés,
c'est Noël. Et pour être dans les rayons pour Noël, il faut dévoiler ses modèles au printemps, et négocier avec la distribution pendant l'été, pour viser une sortie commerciale à
l'automne.
11 - Parce que le 6 juin, date prévue de la conférence d'ouverture de la WWDC, est aussi la veille de l'ouverture
à Los Angeles de l'E3, le grand salon mondial du jeu vidéo. Ca pourrait n'avoir aucun rapport, hors, si l'Apple TV accueillera évidemment des apps, les contraintes du téléviseur en terme de
consommation, de taille de composants, de prix, ou de dissipation de chaleur son très loin de celles qui encadrent le design des produits mobiles. En clair, Apple a toute latitude pour mettre de
puissants processeurs au coeur de sa télé, et pour en faire une console de jeu, mais sans la console... Autant dire une grenade dégoupillée lancée, de San Francisco, sur le salon de Los Angeles,
le jour même des conférences de presse de Microsoft et Sony, la veille de celle de Nintendo. Wow. Dernière rumeur en date, un lancement dès cette semaine dans les Apple Stores, où il se prépare
quelque chose pour ce week-end. Mais j'ai beaucoup de mal à croire qu'Apple lance son nouveau produit star en faisant l'économie d'une conférence keynote...
12 - Enfin, la dernière bonne raison, c'est l'inconnue, ce que l'on ne sait pas sur cette télé, la fonction qui
tue, la chose "huge, amazing, great" qu'elle serait seule à faire, ou qu'elle ferait mieux que quiconque, bref, cette valeur ajoutée que l'on attend d'Apple, cette différence qui nous
donnerait l'excuse requise pour nous convaincre que la différence de prix se justifie (au moins assez longtemps pour passer à la caisse). Attention, ce supplément d'âme technologique attend
parfois la deuxième version du produit. Mais que cela ne vous empêche pas d'acheter la version 1.0 ...
Alors, à quoi pourrait ressembler cette iTV ? Ici, on rentre dans la conjecture complète. La logique voudrait
qu'il y ait une gamme, comme pour tous les autres produits de la marque. Trois tailles d'écran, des différences côté stockage (mais y aura-t-il du stockage ?), bref, de quoi convaincre l'acheteur
venu chercher un écran 40 pouces de repartir avec le 46 pouces. A moins que, au moins pour la première génération, Apple ne préfère se simplifier la vie, et se concentrer sur un modèle unique.
Mais alors, il sera décidément haut de gamme. Côté design, on peut sans risque parier sur une extrême finesse, marotte de la marque, et sur une télécommande forcément différente, avec le moins de
boutons possible. Pour autant, Apple ne va pas se mettre à fabriquer des panneaux LCD, il ira les chercher chez Samsung ou LG. Et au fait, le prix ? Hmmm, idéalement, il faut un modèle à 999
dollars/euros, et un haut de gamme à ou au delà de 2000. Mais Apple peut, comme pour l'iPad, serrer ses prix pour ne pas rater son lancement.
Côté contenus, plusieurs options: soit reproduire sur la télé ce que l'on trouvait sur iTunes jusque-là. Soit
lancer le téléviseur avec une offre premium d'abonnement à des contenus, à un prix inférieur à l'abonnement câble aux Etats-Unis (car, même si on peut le regretter, Apple reste très US-centric).
Avec du sport (comme sur XBox), des films (comme sur Netflix) et des séries, Apple pourrait jouer à saute-mouton avec les câblo-opérateurs, ce qui est, depuis le début, le but avoué de Steve
Jobs. Mais quid du reste du monde ?
Evidemment, tout cette démonstration ne relève que du puzzle, de la mise bout-à-bout de semblants d'information,
de déductions, d'hypothèses. Si j'étais bookmaker, je me mettrai une cote de 3 contre 1, et encore, la cote est optimiste... Car il y a aussi toute une floppée de raisons qui font qu'Apple
pourrait ne pas lancer de téléviseur, ou qu'il ne faudrait pas l'acheter... J'y reviendrai.
Cédric Ingrand