Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

Dimanche 25 septembre 7 25 /09 /Sep 16:36

 

Pour aller un peu plus loin que ce que vous avez vu dans le Plein Ecran de la semaine, voici les versions intégrales de trois des interviews de l'émission, celles des chercheurs du géant du microprocesseur. Intégrales, et en V.O., sans sous-titres, et avec les défauts de son d'une version pas montée, bref, c'est brut.

On aime beaucoup, pour commencer, la théorie développée par Genevieve Bell, une des "rock stars" d'Intel, qui n'est pas ingénieur, mais anthropologue, et qui explique comment certaines technologies, de l'électricité aux réseaux sociaux, ont pu à leurs débuts créer une "panique morale" dans l'opinion. Simple, presque drôle, mais à méditer.

 

 

Autre chercheur, un peu particulier lui aussi, Brian David Johnson, le "futuriste" d'Intel, qui parcourt le monde, rencontre chercheurs et auteurs de science-fiction, pour imaginer à quoi ressembleront les usages de la technologie à dix ans et au-delà. Ca ressemble à un job de rêve...

 

 

Et puis, reste le patron, le boss, Justin Rattner, un homme déjà vu plusieurs fois dans Plein Ecran, souriant et abordable, modeste même, mais ne vous y fiez pas: depuis quarante ans, c'est l'un de ceux qui a fait avancer la science du mirco-processeur. Il est aujourd'hui patron d'Intel Labs, et à ce titre à la tête d'un budget de R&D de plus de six milliards de dollars. Respect...

 

Par Cédric Ingrand - Publié dans : bloghightech
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Mardi 17 mai 2 17 /05 /Mai 01:00

Apple-iTV

 

Apple, dans les semaines qui viennent, va lancer, ça y est, une télé sous sa marque. Non, pas juste une nouvelle version de son boîtier Apple TV, mais un vrai téléviseur, plat, mince, et (forcément) beau et cher, prêt à trôner au milieu du salon. Voilà, c'est dit. Il est des moments où il faut prendre le risque du pari, et je pense que cette fois, les étoiles sont alignées.

Pourquoi ? Pour douze raisons qui font sens:


1 - Parce que c'est bien la seule chose qui manque à la gamme des produits d'Apple. Steve Jobs le dit depuis longtemps, son seul vrai modèle, en toutes choses, c'est Sony. Et pour faire aussi bien, voire mieux que l'icône Nipponne, il faut une télé.

 

2 - Parce que les bribes d'information commencent à s'emboîter clairement. Apple aurait ainsi investi quatre milliards de dollars pour 2011 dans l'achat de composants pour une nouvelle gamme de produits. La marque travaille depuis un certain temps à libérer de la place dans ses rayons (dans la "Red Zone", celle des ventes), pour y mettre de nouveaux produits. Certains offres d'emploi, aussi, mettent la puce à l'oreille. Et celà fait plus de deux ans que j'entends parler de conversations entre Apple et certains géants Coréens de l'écran plat. Bref, celà fait longtemps que le dossier est ouvert à Cupertino.

 

3 - Parce que la télévision LCD est un marché de plus de 100 milliards de dollars, le plus gros marché de l'électronique grand public, mais aussi celui où les marges sont aujourd'hui les plus fines. On trouve désormais des écrans 40 pouces de marque à 500 euros. En fait, le marché de la télé se trouve au même point que celui de la téléphonie il y a cinq ans. Apple sait inventer des produits qui justifient un prix haut de gamme, où l'on retrouve des marges confortables. Et n'oublions jamais qu'il y a des millions de fanboys dans le monde qui feraient la queue toute la nuit pour acheter un parpaing, pour tant qu'il porte un logo à la pomme... En prenant 5% des ventes, et 10% de la valeur du marché, Apple ajouterait 15% de chiffre à son bilan. De quoi prendre le relai, côté finances, des ventes de l'iPod, cannibalisées par les smartphones. Et si Apple parle en boucle de l'ère du "post-PC", autant aller chercher les relais de croissance là où ils sont.

 

4 - Parce que la marché de l'écran plat surtout, est mûr pour sa part de disruption. Sur le marché de la télé, et malgré les efforts des constructeurs, les nouvelles motivations d'achat sont rares. La 3D, et la télé connectée surtout, sont des fonctions qui arrivent de manière organique, logique, bref, que l'on retrouvera tous ou presque dans notre prochain téléviseur, sans qu'elles soient assez motivantes pour changer d'écran dès maintenant. Les technologies d'écran (Plasma, puis LCD, puis LCD à rétro-éclairage LED) n'évoluent que lentement, l'OLED et/ou la 3D sans lunettes sont encore loin d'être prêts pour le prime time. Reste l'interface et les services, où Apple peut compter sur ses points forts existants, ceux pour lesquels il est connu: beaucoup de simplicité, et toute la bibliothèque des musiques/films/séries d'iTunes.

 

5 - Parce qu'un téléviseur Apple serait le 'hub' idéal, l'élément central qui rassemblerait tous les autres appareils du foyer autour de lui, plus encore depuis le lancement du système de partage sans fil AirPlay, qui existe chez plusieurs marques d'équipement sonore, mais qu'Apple n'a pas ouvert aux fabricants de TV. Utilisez votre iPhone comme télécommande, compulsez les programmes disponibles sur l'iPad avant de choisir de les regarder sur le grand écran, utilisez la tablette comme interface d'un jeu qui se déroulerait sur le téléviseur, les combinaisons et les usages possibles sont infinis, et très payants pour Apple. 

 

6 - Parce que la télévision d'Apple serait l'écran de plus où étendre l'écosystème des 'apps'. Et il y a urgence, Google va finir par réussir son système Google TV, et d'autres, Samsung en tête, se sont déjà lancés.

 

7 - Parce qu'Apple a mis la dernière main à son nouveau giga-centre serveur, au coeur de la Caroline du Nord, et que ce dernier n'a pas été construit sans quelques idées précises derrière la tête...

 

8 - Parce que Steve Jobs l'a dit il y a un certain temps, il n'a pas pour projet de construire un téléviseur. Le même Steve Jobs qui disait n'avoir aucun intérêt pour le marché de la téléphonie, ou qui expliquait ne pas croire au futur de la lecture sur une tablette électronique. La dénégation, chez Jobs, tient souvent lieu d'annonce pour l'avenir...

 

9 - Parce que, aussi, et même si l'on répugne à en parler, les soucis récurrents de santé de Jobs rendent incertain son avenir à la tête de l'entreprise. Et si la sortie d'une télé serait le couronnement d'un Apple devenu monstre de l'électronique de loisirs, alors il est impensable que celà se fasse sans lui.

 

10 - Parce que, hors année de J.O. ou de Coupe du Monde de Football, la période la plus vendeuse, pour les télés, c'est Noël. Et pour être dans les rayons pour Noël, il faut dévoiler ses modèles au printemps, et négocier avec la distribution pendant l'été, pour viser une sortie commerciale à l'automne.

 

11 - Parce que le 6 juin, date prévue de la conférence d'ouverture de la WWDC, est aussi la veille de l'ouverture à Los Angeles de l'E3, le grand salon mondial du jeu vidéo. Ca pourrait n'avoir aucun rapport, hors, si l'Apple TV accueillera évidemment des apps, les contraintes du téléviseur en terme de consommation, de taille de composants, de prix, ou de dissipation de chaleur son très loin de celles qui encadrent le design des produits mobiles. En clair, Apple a toute latitude pour mettre de puissants processeurs au coeur de sa télé, et pour en faire une console de jeu, mais sans la console... Autant dire une grenade dégoupillée lancée, de San Francisco, sur le salon de Los Angeles, le jour même des conférences de presse de Microsoft et Sony, la veille de celle de Nintendo. Wow. Dernière rumeur en date, un lancement dès cette semaine dans les Apple Stores, où il se prépare quelque chose pour ce week-end. Mais j'ai beaucoup de mal à croire qu'Apple lance son nouveau produit star en faisant l'économie d'une conférence keynote...

 

12 - Enfin, la dernière bonne raison, c'est l'inconnue, ce que l'on ne sait pas sur cette télé, la fonction qui tue, la chose "huge, amazing, great" qu'elle serait seule à faire, ou qu'elle ferait mieux que quiconque, bref, cette valeur ajoutée que l'on attend d'Apple, cette différence qui nous donnerait l'excuse requise pour nous convaincre que la différence de prix se justifie (au moins assez longtemps pour passer à la caisse). Attention, ce supplément d'âme technologique attend parfois la deuxième version du produit. Mais que cela ne vous empêche pas d'acheter la version 1.0 ... 

 

Alors, à quoi pourrait ressembler cette iTV ? Ici, on rentre dans la conjecture complète. La logique voudrait qu'il y ait une gamme, comme pour tous les autres produits de la marque. Trois tailles d'écran, des différences côté stockage (mais y aura-t-il du stockage ?), bref, de quoi convaincre l'acheteur venu chercher un écran 40 pouces de repartir avec le 46 pouces. A moins que, au moins pour la première génération, Apple ne préfère se simplifier la vie, et se concentrer sur un modèle unique. Mais alors, il sera décidément haut de gamme. Côté design, on peut sans risque parier sur une extrême finesse, marotte de la marque, et sur une télécommande forcément différente, avec le moins de boutons possible. Pour autant, Apple ne va pas se mettre à fabriquer des panneaux LCD, il ira les chercher chez Samsung ou LG. Et au fait, le prix ? Hmmm, idéalement, il faut un modèle à 999 dollars/euros, et un haut de gamme à ou au delà de 2000. Mais Apple peut, comme pour l'iPad, serrer ses prix pour ne pas rater son lancement.

 

Côté contenus, plusieurs options: soit reproduire sur la télé ce que l'on trouvait sur iTunes jusque-là. Soit lancer le téléviseur avec une offre premium d'abonnement à des contenus, à un prix inférieur à l'abonnement câble aux Etats-Unis (car, même si on peut le regretter, Apple reste très US-centric). Avec du sport (comme sur XBox), des films (comme sur Netflix) et des séries, Apple pourrait jouer à saute-mouton avec les câblo-opérateurs, ce qui est, depuis le début, le but avoué de Steve Jobs. Mais quid du reste du monde ?

 

Evidemment, tout cette démonstration ne relève que du puzzle, de la mise bout-à-bout de semblants d'information, de déductions, d'hypothèses. Si j'étais bookmaker, je me mettrai une cote de 3 contre 1, et encore, la cote est optimiste... Car il y a aussi toute une floppée de raisons qui font qu'Apple pourrait ne pas lancer de téléviseur, ou qu'il ne faudrait pas l'acheter... J'y reviendrai.


Cédric Ingrand

Par Cédric Ingrand - Publié dans : bloghightech
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Lundi 26 juillet 1 26 /07 /Juil 11:03

 

Camera3D.jpg

Le dispositif était impressionnant: des caméras 3D à double objectif, un car régie géant garé derrière TF1, quelques kilomètres de câbles, et un plateau de LCI reconfiguré pour l'occasion. But avoué: permettre à la grande maison de tester le tournage d'émissions de plateau en trois dimensions. Inutile de dire qu'à "Plein Ecran", on aurait presque été vexés de ne pas faire partie de l'aventure, de participer à écrire les premières lignes de la nouvelle histoire de la télé.

La version "2D" de ce Plein Ecran spécial "Shopping d'été", vous avez déjà pu la voir à l'antenne et en ligne ces deux dernières semaines, reste la version 3D de ce test aux visées purement internes, donc, que l'on a quand même décidé de partager avec vous, ou au moins avec ceux d'entre vous qui ont ce qu'il faut pour la lire. Si vous êtes l'un des heureux possesseurs des quelques dizaines de milliers de téléviseurs 3D, ou de PC équipés vendus à ce jour en France, vous pourrez être parmi les premiers à voir un Plein Ecran en trois dimensions... On vous recommande particulièrement la démo, en début et en fin d'émission, de l'AR Drone de Parrot, ce quadricoptère qui gagne forcément à être vu en relief.

Pour ce faire, vous pouvez télécharger le fichier de l'émission complète qui se trouve ici:

http://sl.tf1.fr/lci/3D/Tournage 3D TF1-LCI SideBySide_Player3D VC1.wmv

Attention, l'émission pèse quand même 2,6 giga-octets, qu'il faudra copier sur une grosse clé USB ou un disque dur externe, à connecter à votre téléviseur.

Si vous voulez juste voir à quoi ressemble un fichier vidéo en 3D, vous pouvez aussi télécharger l'extrait disponible ici:

http://sl.tf1.fr/lci/3D/Extrait Tournage 3D TF1-LCI SideBySide_Player3D VC1.wmv

Le fichier est beaucoup plus léger, 300 Mo environ. De quoi constater que la télé en 3D, ce sont juste deux images côte à côte, une pour chaque oeil, que le téléviseur transforme tout seul en image 3D.

Voilà, c'était notre petit cadeau d'été pour "early adopters". Prochaine étape: tourner un Plein Ecran complet, à l'extérieur, avec des reportages, entièrement en 3D. On y travaille, pour la saison prochaine...

 

Par Cédric Ingrand - Publié dans : bloghightech
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Vendredi 26 février 5 26 /02 /Fév 20:17
italy_italian_ministry_of_justice.jpg
Ahh, l'Italie, mais si, vous savez, ce pays voisin dont les pratiques - dirons-nous - peuvent parfois sembler si lointaines de celles d'une grande démocratie occidentale... L'Italie, qui cette semaine, semble avoir décidé, d'un trait de plume, de fermer les portes du Web 2.0, rien que ça...

Un tribunal vient en effet de condamner trois cadres américains de Google... leur faute ? Avoir laissé publier sur Youtube - qui appartient à Google - une vidéo, certes infecte, montrant un enfant handicapé presque martyrisé par ses camarades de classe... Une vidéo que Youtube aurait trop tardé à retirer. Tarif: six mois de prison, avec sursis, et estimez vous heureux, le parquet réclamait un an ferme.

On imagine d'ici la vélocité à laquelle on est tombé de sa chaise chez Google, et pour cause: depuis longtemps déjà, tous les sites qui permettent aux internautes de publier leurs créations sont assimilés en droit à des hébergeurs, des services qui laissent la responsabilité du contenu à celui qui le publie... En cas de problème, tous savent recevoir un signalement des vidéos pirates, indécentes, ou litigieuses... à eux de retirer les contenus à problème.

Or, dans l'esprit des juges italiens, Google, Youtubeet les autres devraient se mettent à faire la police dans les images, les vidéos et les textes que les internautes leur envoient AVANT de les publies... Facile à dire, quand on sait que chaque minute, ce sont 20 nouvelles heures de vidéo qui sont publiées sur Youtube. Et que dire des centaines de millions de photos de Facebook, des millions de blogs de Wordpress, Overblog et les autres... Autant dire une vue de l'esprit, loin de la vie réelle...

Si l'aberration des juges romains devait faire tâche d'huile, c'est un autre web, plus proche du minitel qui en naîtrait... et autant de sites et d'entrepreneurs du web forcés à l'exil... Pour le coup, quand Google crie à l'internet qu'on assassine, ce n'est pas une exagération...
Seule bouée de sauvetage pour l'internet italien: le droit européen, qui a lui porté noir sur blanc le statut et la protection des hébergeurs... On respire, au moins pour l'instant...
Par Cédric Ingrand
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Jeudi 28 janvier 4 28 /01 /Jan 11:11

Je ne sais pas ce que vous avez fait de votre mercredi, mais moi, j'ai testé l'iPad. Bon, certes, un peu rapidement, juste le temps de lancer quelques applications, de charger une page web, celle de TF1News d'ailleurs [note de service: bonne nouvelle, le site est compatible iPad], et de constater que l'expérience est aussi rapide, aussi fluide que les démonstrations de Steve Jobs sur scène.

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Pas besoin d'ailleurs d'y passer des heures: comme l'a souligné Jobs, pour quiconque des 75 millions de possesseurs d'iPod Touch ou d'iPhones, prendre en main l'iPad est d'un naturel immédiat et confondant. L'écran est splendide, tout est très lisible, un parfait exemple de l'intégration d'un matériel bien fait, et d'un logiciel léché, dans un design agréable. Pas de surprise, on est bien chez Apple.

Pourtant, une fois passée l'euphorie de la keynote suivie en direct, l'évidence se fait jour: l'iPad n'est pas encore exempt de reproches... D'abord, consensus très net sur Twitter (la nouvelle conscience globale du monde de la technologie): qui est le stagiaire qui a oublié la caméra intégrée ? Dommage, la promesse - enfin - de pouvoir faire de la visio-conférence entre iPad et iPhones aurait fait office de démo qui tue. Ca éviterait aussi le ridicule à Stéphane Richard, le prochain patron d'Orange, qui ressemble décidément à un garçon un peu trop bavard (quand il lâche le morceau sur la sortie de l'iPad il y a deux semaines au micro d'Europe1), mais pas pour autant très bien informé, quand il promet que ses clients feront de la visiophonie avec la tablette... qui n'a donc pas de caméra. Mais passons...

Autre déception: le manque de connexions. Seul connecteur de l'iPad: sa prise à 30 broches, standard des baladeurs et smartphones d'Apple. Problème: si l'iPad n'est pas un gros iPod, alors c'est un ordinateur, qui ne peut se passer d'un port USB, ou d'un lecteur de cartes SD. Il y aura bien des solutions, comme des adaptateurs pour copier ses photos sur un iPad sans passer obligatoirement par un ordinateur, mais on pouvait attendre mieux, ou plus. Question à la fois d'ouverture de la machine, et d'un design que trop de prises pourraient dénaturer.

Pas de sortie vidéo non plus ? Dommage, surtout pour une machine destinée à trouver sa place sur une table basse, devant la télé. D'autant que cette connexion là pourrait se faire sans compromettre le design de la tablette, les technologies de vidéo sans fil existent désormais, qui permettraient en une seconde de partager le contenu affiché par l'iPad, sur l'écran plat du salon.

Pas de multitâche. Défendable sur un baladeur, plus gênant sur un téléphone, et plutôt décalé sur une machine qui est pour l'essentiel un ordinateur tactile. Avec un gigahertz sous le capot, on pourrait pourtant faire tourner quelques logiciels en parallèle, non ?

Il y a aussi le clavier virtuel qu'affiche l'écran tactile. Plus grand, plus pratique, moins enclin aux fautes de frappe que celui de l'iPhone, mais pas encore une panacée. D'abord, anathème, il faudra regarder vos doigts pour taper. Il faudra surtout ne pas reposer vos poignets sur la machine, pour ne pas troubler l'écran tactile. Tentez de taper pendant cinq minutes en gardant les poignets en l'air, et vous comprendrez les limites de l'exercice. Comme le dit Steve Jobs, si vous devez taper Crime et Châtiment sur votre iPad, vous achèterez le clavier bien physique proposé en option. Signe que le tactile n'est, pour taper, qu'un pis aller.

Mais au fait, l'iPad est-il vraiment la machine idéale pour lire Crime et Châtiment ? A voir, à l'usage, même si le LCD et son rétro-éclairage ne sont pas un idéal de contraste, de lisibilité ou d'autonomie, face aux tablettes à technologie e-Ink de Sony, Amazon, ou Bookeen. Mais ce que l'iPad fait de plus, et de mieux que les liseuses d'eBook creuse un écart qui rend la comparaison difficile.

Et justement, ce qui me plonge depuis la conférence dans des abîmes de perplexité, c'est que l'iPad semble rater des utilisations faites pour lui comme du sur-mesures. Le livre électronique, c'est merveilleux, mais ce n'est pas là que la machine est le plus à son avantage: ce que les e-books traditionnels ne savent pas faire, c'est afficher des magazines, de la BD, des mangas, bref, des contenus graphiques, et en couleur. J'imagine d'ici l'interface... Surtout, économiquement, inventer le kiosque numérique serait pour Apple une source de revenus massive et régulière, et une aubaine pour des éditeurs qui trouveraient soudain le moyen d'adapter la vente au numéro (et pourquoi pas l'abonnement) à la consommation numérique. Je ne peux imaginer qu'Apple n'y ait pas réfléchi, ou n'y travaille déjà. Si le kiosque manque à l'appel, il y a donc des raisons. J'aimerais tant les connaître.

Pour autant, il y a plein de choses à célébrer dans l'iPad. Certains traits surprenants pour une machine signée Apple, comme ces tentations d'ouverture que sont l'utilisation annoncée du format ePub pour les livres électroniques. ePub, un format issu du logiciel libre, bien plus ouvert que le standard utilisé par le concurrent Amazon.

Autre surprise: la fin des exclusivités avec les opérateurs mobiles. Les iPad 3G (une option à 130 dollars aux Etats-Unis) ne seront pas simlockés, pas bloqués sur un seul opérateur, quel que soit le pays où ils seront vendus.

Bilan: une belle machine, de petites déceptions, quelques lacunes, mais rien de définitif. Peut-être a-t-on le nez trop près de la vitre (tactile, évidemment), pour comprendre l'impact de l'iPad, qui au-delà des geeks, et des fanboys de l'église Apple, qui seraient prêts à acheter un parpaing à 500 euros s'il était frappé du logo à la pomme, devra convaincre les "vrais gens", moins pointilleux, mais plus enclins à comprendre les bénéfices immédiats de la machine. L'iPad serait peut-être ainsi la machine idéale de ces "late-adopters", une façon simple pour eux d'accéder à l'information sans avoir à passer l'intimidante barrière de l'ordinateur, même si c'est un Mac. Un ordinateur pour ceux qui n'aiment pas les ordinateurs...

Mais il reste quand même l'impression sourde qu'il manquait à ce keynote de Steve Jobs un vrai moment "wow", une killer application comme on dit, une chose jamais vue ailleurs, qui fasse que demain soit à jamais différent d'aujourd'hui. Un wow qui devra attendre un peu: n'oublions pas pour autant qu'Apple a souvent utilisé la première version de ses appareils comme test consommateurs en grandeur nature: souvenez-vous du premier iPhone, sorti sans App Store, pour ne trouver qu'un exemple.

Et peut-être au final que, justement, le délai de deux mois qui nous sépare l'annonce de l'iPad de son arrivée en magasin servira à combler certains de ces manques, surtout côté usages, l'annonce d'aujourd'hui étant pensée pour mettre le feu sous les pieds des développeurs et des éditeurs. Je me contenterai en attendant de mon iPad Mini... enfin je veux dire, de mon iPod Touch.
 
Par Cédric Ingrand
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